Mon art se voudrait terrain de jeu.

Qu'est-ce qui me travaille ?

Travailler le vivant, la forme vibrante, le mouvement vital, la régénération.

Travailler le socle, le volume,

le réceptacle, l'ancrage, la présence

du corps magnifié.

Travailler avec les ressources autour de moi, ce qui est là, car cela me constitue.

Travailler avec les villes, les friches, les forêts et les mers car elles sont là où nous habitons et leurs limites, leurs impasses, leurs possibles définissent nos conditions de vie et nos identités.

Travailler avec ce qui naît, ce qui grandit, ce qui vieillit et ce qui meurt.

Travailler la micro-action, le presque rien, le pas encore.

Travailler l'imparfait, le maladroit, l'immature.

Travailler non pas un médium mais plusieurs et autant que nécessaire.

Travailler sur mes relations, ce qui m'entoure, ce qui me trouble.

Travailler sa résilience, donc sur ce que je ne voudrais pas qu'il arrive.

Travailler l'objet-livre parce que c'est du contact et qu'il était là au commencement, que tout livre renvoie à un seul livre et que quand il n'y a plus rien, c'est ce qui reste.

Une façon de comprendre et de se comprendre, de partir à la recherche d'une identité personnelle et collective de femme de l'Anthropocène.

J'aspire à un art qui m'enracine dans le réel, le quotidien,

le local et ce qui fait ma vie de tous les jours. Un art de vivre.

Car en réalité, l'art m'aide à vivre par sa relation au temps.

C'est bien le temps qui habite mon travail, c'est lui que je comptabilise.

Comme si le temps m'était compté.

L'espace est tout aussi important. Ainsi chaque nouvel espace découvert, est une nouvelle avancée, apporte un nouveau sens et m'offre de nouvelles promesses.

Si le temps est assassin, l'espace est délivrance.

Cet art ne peut être qu'engagé.

Mon art n'est pas conceptuel, il parle de ma subjectivité,

de ma difficulté à vivre dans le réel. L'art brut me touche

car il se réinvente lui-même dans un besoin impérieux de se définir, de parler

du monde comme une cosmogonie. Un grand document dans lequel tout

serait dit de son rapport au monde. Un grand document qui permet de se dire.

Instable et fluctuant, l'art me donne l'assurance d'être vivante.

Sans cela je me dilapiderais, partirais en fumée. L'art dissipe la fumée.

L'acte créateur permet la réunion intérieure, l'apaisement. L'art met un

baume sur l'angoisse d'exister, sur un futur aléatoire.

Créer traduit mes états émotionnels, fait le point sur mes sensations, comble

le vide, efface les traces pénibles et me renouvelle.

Je voudrais créer des lieux de ressources, des expériences concrètes d'union au monde ici et maintenant. Donner à tester, à ressentir, à être.

Les plantes me guident en cela. Les connaître et les aimer est ma plus grande force pour l'avenir.

© 2019  Caroline ANTOINE

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